"Maison Close ", une porte ouverte à l'intimité...

Quand je regarde mon corps, puis mon visage, je vois mon père. Je lui ressemble. Je lui ressemblais. On me l’a toujours dit. Je ne l’avais jamais réellement compris ni remarqué jusqu’à ce moment, je le vois maintenant qu’il est parti. Ça fait aujourd’hui 2 ans. Son front, son nez et son air grave: j’ai hérité de ça. Je me souviens qu’il m’intimidait beaucoup à l’époque. Au final, la plupart de notre communication, de notre relation père-fille était basée sur le non-dit, ce que je regrette beaucoup aujourd’hui. Je me rappelle de ce moment où on avait prit l’avion que tous les deux (ma mère et mon frère étaient déjà en Corée) : On était séparés pendant le vol, pourtant, n’ayant rien à se dire véritablement, il venait quand même me voir, se poser près de moi, en me donnant des petits trucs à grignoter pour me signifier qu’il était là, que c’était mon père, qu’il prenait soin de moi à sa manière.

Deux printemps sont passés...Deux étés sont passés sans que je te vois, sans que je retourne me recueillir devant ton urne. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si tu as été enterré dans un tumulus ou non, parmi mes aïeux. J’ai une envie irrépressible d’aller te voir pour me recueillir mais aussi pour me balader seule dans les rues de Séoul ou de Busan. Comme à l’époque, comme si « rien ne s’était passé ». C’est une manière pour moi de me reconnecter à mon passé, à mon histoire, à ma vie d’avant. En cultivant ce sentiment je me rapproche de toi, puisque nous n’avons pas eu l'occasion… J’aimerais redécouvrir la Corée en me baladant partout, gouter des choses, des plats, des gâteaux que tu mangeais petit, tout comme moi petite. Je veux me retrouver en toi, que tu vis à travers moi à partir de mes yeux, de mon air grave dont j’ai hérité de toi ainsi que de mon apparence en général et vivre ne serait-ce que pendant un temps comme si rien avait changé, que tu étais toujours à mes côtés quelque part...


When I look at my body, then my face, I see my father. I look like him. I looked like him. I've always been told. I had never really understood or noticed it until that moment, I see it now he is gone. It's been 2 years today. His forehead, his nose and his grave air: I inherited that. I remember he intimidated me a lot in the past. Most of our communication, of our father-daughter relationship was based on the unsaid, which I regret very much today. I remember that moment when we both flew (my mother and my brother were already in Korea): We were separated during the flight, however, having nothing to say really, he came to see me, to sit close to me, giving me snacks, to tell me that he was there, that it was my father, that he took care of me in his own way.

Two springs have passed ... Two summers have passed without seeing you, without returning to meditate in front of your urn. Today, I still do not know if you were buried in a mound or not, among my ancestors. I have an overwhelming urge to go see you to meditate but also to walk alone in the streets of Seoul or Busan. Like before, as if "nothing had happened". It's a way for me to reconnect with my past, my story, my life before. By cultivating this feeling I get closer to you, since we did not have the opportunity… I would like to rediscover Korea by walking around everywhere, tasting things, dishes, cakes that you ate small, just like me little. I want to find myself in you, that you live through me from my eyes, from my serious air which I inherited from you as well as from my appearance in general and to live only for a time as if nothing had changed, that you were always with me somewhere ...


Dayeon, mars 2020

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